Décortiquer le deuxième pilier : se concrétisera-t-il un jour ?

L'ambitieux projet du deuxième pilier de l'OCDE, qui vise à imposer aux grands groupes multinationaux un taux d'imposition effectif minimum de 15%, fait les gros titres (et les maux de tête) depuis des années. Mais après de nombreux cycles de consultation, de projets de législation et de modélisation frénétique, la grande question qui se pose aujourd'hui est la suivante : ce projet se concrétisera-t-il un jour ?

Voyons brièvement ce que le pilier 2 est censé faire et pourquoi son avenir semble soudain un peu incertain.

Récapitulation rapide : Qu'est-ce que le deuxième pilier ?

Le deuxième pilier fait partie de la solution à deux piliers de l'OCDE pour lutter contre l'érosion de la base d'imposition et le transfert de bénéfices (BEPS). L'objectif du deuxième pilier est de veiller à ce que les grandes entreprises multinationales (dont le chiffre d'affaires global est supérieur à 750 millions d'euros) paient au moins 15% d'impôt dans chaque juridiction où elles opèrent.

Le mécanisme comporte trois éléments principaux :

  • La règle d'inclusion des revenus (Income Inclusion Rule - IIR), qui oblige les sociétés mères à compléter l'impôt si les filiales paient moins de 15% dans une juridiction donnée.
  • La règle des bénéfices sous-imposés (UTPR), qui s'applique si la juridiction mère ne met pas en œuvre l'IIR.
  • Le Qualified Domestic Minimum Top-Up Tax (QDMTT), qui permet à une juridiction de “compléter” localement des bénéfices faiblement taxés avant que d'autres pays ne le fassent.

En théorie, il s'agit d'un changement coordonné des droits d'imposition au niveau mondial. En pratique, il est extrêmement complexe à mettre en œuvre, et son déploiement n'a pas été sans heurts.

Alors, que se passe-t-il maintenant ?

Ces derniers mois, plusieurs pays ont renoncé à mettre en œuvre le deuxième pilier, ce qui a créé une incertitude quant à son avenir :

  • L'Australie, le Canada et le Japon retardent ou reconsidèrent leurs règles en invoquant la pression des entreprises et les effets négatifs potentiels sur l'investissement.
  • Les États-Unis n'ont fait aucun effort pour s'aligner pleinement sur le modèle de l'OCDE et ne manifestent guère de volonté politique en ce sens. Un accord du G7 de juin 2025 a proposé un système “côte à côte” qui exempterait les groupes à capitaux américains de l'IIR et de l'UTPR, reconnaissant le GILTI comme un impôt minimum national.
  • La Belgique a récemment fait l'objet d'une controverse sur le deuxième pilier. Une coalition de groupes d'entreprises américaines soutient que l'UTPR taxe injustement les entités belges pour les bénéfices réalisés par les filiales étrangères, en particulier lorsque ces bénéfices n'ont pas de lien direct avec la Belgique. En cas de succès, une décision pourrait invalider l'UTPR dans tous les États membres de l'UE, ce qui constituerait un changement radical pour le respect du deuxième pilier.

Qu'est-ce que cela signifie pour les multinationales ?

Les groupes multinationaux ont consacré beaucoup de temps et de ressources à la préparation du deuxième pilier, mais la mise en œuvre incohérente de ce pilier dans le monde entier présente des risques réels :

  • La double imposition, lorsqu'un pays applique des règles et qu'un autre ne le fait pas.
  • Incertitude accrue concernant le traitement fiscal différé, les règles de la sphère de sécurité et les normes de déclaration.
  • Des obligations de conformité complexes, en particulier dans les juridictions où le QDMTT est en cours (notamment dans l'UE).

Qu'est-ce que cela signifie pour l'Afrique du Sud ?

L'Afrique du Sud se trouve dans une position délicate face à l'incertitude mondiale qui entoure le pilier 2. Bien qu'elle ait la législation formellement adoptée pour mettre en œuvre le cadre de l'impôt minimum mondial de l'OCDE, le déploiement fragmenté dans d'autres pays présente à la fois des risques et des opportunités. Il convient de noter que l'Afrique du Sud a choisi de ne pas appliquer l'UTPR, qui semble être au centre de la controverse internationale.

Risque de perte de revenus

  • Si d'autres juridictions retardent ou abandonnent le deuxième pilier, l'Afrique du Sud risque de perdre des compléments d'impôt qu'elle pourrait autrement percevoir au titre de la QDMTT. Par exemple, les bénéfices imposés en dessous de 15% en Afrique du Sud pourraient être imposés ailleurs si l'Afrique du Sud n'agit pas en premier.

Charge de conformité pour les entreprises multinationales

  • Les multinationales opérant en Afrique du Sud doivent toujours préparer les déclarations d'information GloBE, même si leur groupe mondial n'est pas entièrement soumis au deuxième pilier en raison de retards dans d'autres pays.

Pression concurrentielle

  • Les entités sud-africaines sont désavantagées si elles sont confrontées à des règles de conformité plus strictes ou à des taux d'imposition effectifs plus élevés.

Risque juridique et politique

  • À la suite de la contestation judiciaire de la Belgique, l'Afrique du Sud pourrait hésiter à appliquer des règles qui pourraient être invalidées ou révisées ultérieurement.

En bref, la dynamique mondiale se ralentit et de nombreuses multinationales se demandent si elles doivent continuer à investir dans des systèmes de conformité ou si elles doivent faire une pause et réévaluer la situation.

Notre point de vue

Le deuxième pilier n'est pas mort, mais il boite. Le rêve d'un impôt minimum véritablement “mondial” semble de plus en plus improbable à court terme.

Cela dit, de nombreux pays - en particulier dans l'UE - poursuivent la mise en œuvre, de sorte que les multinationales doivent rester vigilantes. Pour les entreprises axées sur l'Afrique, l'adoption sera probablement plus lente, mais le risque d'exposition ailleurs demeure.

Comme toujours, nous sommes là pour vous aider à naviguer dans l'incertitude.

Vous avez besoin d'aide pour modéliser les risques du deuxième pilier ou pour planifier la mise en œuvre au niveau local ? Tendre la main Contactez-nous dès aujourd'hui pour en discuter.

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