Le budget national 2026/2027 arrive à un moment décisif pour Maurice. L'économie mondiale reste fracturée par les tensions géopolitiques, l'évolution des dynamiques commerciales et le rythme accéléré du changement technologique – un contexte difficile pour toute petite économie ouverte. Pourtant, comme l'a observé le Premier ministre, le Dr. Navinchandra Ramgoolam, il est temps de “commencer où vous êtes et changer la fin”.”
Ce budget s'est efforcé de trouver un équilibre délicat : concilier l'impératif d'assainissement budgétaire tout en s'efforçant d'éviter des mesures d'austérité qui étoufferaient la croissance ou porteraient préjudice aux plus vulnérables. Le déficit devrait se réduire à 3,71 TP3T du PIB, contre 9,31 TP3T l’année précédente, tandis que la dette publique devrait reculer à 85,51 TP3T du PIB. Cette discipline budgétaire est la pierre angulaire du budget, ce qui témoigne clairement de la prise de conscience que le ratio dette/PIB, proche de 90%, constitue la principale contrainte pesant sur le développement du pays.
Mais ce n'est pas simplement un budget de réparation. Structuré autour des principes de responsabilité, de solidarité, d'efficacité économique et de justice sociale, il présente une stratégie économique “ prête pour l'avenir ” bâtie sur sept piliers — de l'exploitation de l'intelligence artificielle et du lancement d'une révolution des start-ups à la refonte des secteurs traditionnels et au déblocage du potentiel de l'économie bleue. Le défi, comme l'a dit le Premier ministre, est d'assurer que cette révolution soit une révolution à laquelle Maurice se prépare, participe et profite.
Le succès de ce budget ne sera pas seulement jugé sur sa capacité à équilibrer les comptes, mais sur sa faculté à jeter les bases d'une île Maurice plus résiliente, diversifiée et prospère. C'est un parcours qui va de la réforme aux résultats, où le chemin est tracé mais la destination dépend de l'exécution.
Changements fiscaux 2026/2027 : Un changement d'architecture fiscale
Impôt sur le revenu
Les nouveaux tranches d'imposition sur le revenu des particuliers : un changement permanent pour les hauts revenus
Le changement le plus important et le plus débattu en matière de fiscalité des particuliers est l’introduction d’une nouvelle tranche d’imposition permanente au taux de 35%, applicable aux revenus imposables supérieurs à 12 millions de MUR. Celle-ci remplace la “ contribution équitable ” (Fair Share Contribution) temporaire mise en place dans le budget précédent, transformant ainsi une mesure de crise en un élément structurel du système fiscal.
La structure tarifaire révisée est la suivante :
- 0% sur les premiers 500 000 MUR de revenu imposable.
- 10% sur les 500 000 MUR suivants (de 500 001 MUR à 1 000 000 MUR).
- 20% sur les revenus compris entre 1 000 001 MUR et 12 000 000 MUR.
- 35% sur tout revenu imposable supérieur à 12 000 000 MUR.
Si le Premier ministre a présenté cette mesure comme un pas vers plus d’équité, elle marque en réalité un changement politique clair. Le taux 35% représente une hausse d’imposition significative pour les plus hauts revenus du pays, notamment les entrepreneurs, les cadres supérieurs et les professionnels hautement qualifiés. Il s’agit d’une catégorie de personnes très mobile et très recherchée à l’échelle mondiale, et cette mesure pourrait potentiellement compromettre les efforts visant à attirer et à retenir les talents mêmes dont dépend l’économie “ prête pour l’avenir ”.
Exonérations d'impôt sur le revenu
- Le seuil d'exonération sur les sommes forfaitaires reçues en tant que pension, allocation de retraite, ou indemnité de licenciement sera relevé de 3 millions MUR à 3,5 millions MUR.
- Une exonération d'impôt sur le revenu de quatre ans sera accordée à un employé expatrié qualifié d'une entreprise fabriquant des systèmes photovoltaïques solaires.
- Il sera précisé que l'indemnité d'éloignement payable aux fonctionnaires en service à Rodrigues ou dans les îles éloignées sera exonérée d'impôt.
Fiscalité des entreprises
Prélèvement sur la responsabilité climatique des entreprises (“ RCE ”)
La taxe CCR, un prélèvement de 21 TP3T pesant sur les entreprises bénéficiaires, est désormais nettement plus contraignante, car les crédits d’impôt non utilisés, y compris les crédits d’impôt étrangers, ne peuvent plus être utilisés pour compenser cette taxe. De plus, celle-ci sera versée trimestriellement dans le cadre du système de paiement anticipé (“ APS ”) selon un calendrier échelonné :
- 25% pour l'exercice 2026/27 ;
- 50% pour l'exercice 2027/28 ;
- 75% pour l'exercice 2028/29 ; et
- PPA complet en 2029/30
Cette mesure a un impact sur un large éventail d'entreprises, en particulier celles qui ont des activités internationales et qui ont pu historiquement compenser leur responsabilité fiscale. Pour les entreprises axées sur l'international, la redevance devient désormais un coût supplémentaire et souvent irrécupérable, ce qui pourrait rendre Maurice une juridiction plus coûteuse pour opérer.
Quote-part équitable des sociétés
La Contribution Équitable sera désormais payable par toutes les entreprises dont le revenu imposable dépasse 24 millions de MUR, sans le critère supplémentaire de disposer de fournitures taxables à la TVA supérieures à 24 millions de MUR ou d'être assujetties à l'enregistrement à la TVA. Cette simplification supprime un niveau de complexité mais élargit également le champ des entreprises susceptibles d'être concernées par cette disposition.
Fiscalité des prestataires de services TI
Une nouvelle mesure soumet à l’impôt sur le revenu mauricien les sociétés non résidentes qui fournissent des logiciels, des licences logicielles et des services de maintenance logicielle. Cette mesure est complétée par une nouvelle retenue à la source (“ TDS ”) de 1% sur les paiements supérieurs à 300 000 MUR versés à ces fournisseurs. Il s’agit clairement d’une tentative visant à uniformiser les règles du jeu pour les prestataires locaux et à capter les recettes issues de l’économie numérique en pleine croissance. Toutefois, cela soulève également des questions concernant la double imposition et la charge potentielle qui pèserait sur les entreprises locales qui dépendent de ces services étrangers.
Prélèvement à la source (“ PAS ”) sur les services numériques
La retenue à la source (TDS) sera également étendue aux paiements versés aux personnes fournissant des services de publicité, de promotion, de parrainage, de contenu numérique ou de marketing par le biais de plateformes de réseaux sociaux ou d’autres moyens électroniques similaires, à un taux de 5%. Cette mesure tient compte de l’essor de l’économie de la publicité numérique et vise à imposer les revenus provenant des services fournis par l’intermédiaire de ces plateformes.
Incitations à l'investissement
Le gouvernement a prolongé le crédit d'impôt à l'investissement de 15% par an pendant trois ans (soit 45% au total) pour les entreprises manufacturières qui investissent dans de nouvelles installations et machines, des solutions d'intelligence artificielle et des brevets. Cette mesure incitative est désormais applicable jusqu’au 30 juin 2029, ce qui témoigne d’un engagement à long terme en faveur des investissements visant à améliorer la productivité. Tout crédit d’impôt à l’investissement non utilisé peut être reporté sur les dix années suivantes.
Start-ups
Une initiative majeure pour favoriser l'innovation est l'introduction d'une exonération fiscale sur le revenu de 10 ans pour les nouvelles entreprises, applicable dès le premier jour d'activité. Cela pourrait être un levier puissant pour attirer les entrepreneurs souhaitant créer une nouvelle génération d'entreprises à forte croissance, bien que la définition d'une “start-up” reste à préciser.
Réduction du taux d'imposition des sociétés sur les exportations
Le taux réduit d'impôt sur les sociétés de 3% applicable aux bénéfices tirés des exportations de marchandises ne s'appliquera pas lorsque ces bénéfices proviennent d'exportations d'animaux vivants. Cette exclusion ciblée laisse entrevoir un changement de politique visant à ne plus encourager les exportations d'animaux vivants.
Secteur des affaires mondiales
La définition d'une “ Entité Commerciale Mondiale ” a été modifiée pour exclure les trusts et les fondations ayant des constituant, fondateurs ou bénéficiaires résidents. Il s'agit d'un changement de politique important. En 2017, Maurice s'est engagée auprès de l'OCDE et de l'UE à éliminer les “ barrières ” et à garantir que son régime fiscal ne discrimine pas entre les activités nationales et internationales, de sorte que cette mesure pourrait être examinée de près.
Régime de franchise partielle
La définition des activités principales génératrices de revenus permettant aux conseillers en investissement et aux gestionnaires d'actifs de bénéficier du régime d'exonération partielle 80% sera élargie afin d'inclure la gestion d'instruments autres que des titres, tels que les créances de prêt, les expositions adossées à des prêts hypothécaires et les portefeuilles de financement de factures. Il s’agit d’une extension bienvenue qui tient compte de la nature évolutive du secteur de la gestion d’actifs.
Sociétés à capital variable
La loi sur les sociétés à capital variable sera modifiée pour permettre la conversion d'une société à cellules protégées en société à capital variable, garantissant ainsi la continuité juridique et offrant une plus grande flexibilité pour les structures d'investissement.
Congé fiscal sur le revenu pour l'assurance en captivité
La période de franchise fiscale de 10 ans accordée aux sociétés d'assurance captives sera prolongée de cinq années supplémentaires pour les captives dont la licence a été délivrée avant le 19 juin 2026. Cela offre une sécurité et une incitation supplémentaires pour ce secteur spécialisé.
Taxe sur les primes d'assurance
Une nouvelle taxe sur les primes d'assurance (5%) sera mise en place à compter du 1er janvier 2027 pour les contrats d'assurance générale à court terme ; elle s'appliquera aussi bien aux nouveaux contrats qu'aux contrats renouvelés.
Responsabilité Sociale des Entreprises (“ RSE ”)
Une entreprise ne sera autorisée à dépenser qu'à hauteur de 25% de son fonds dédié à la responsabilité sociale des entreprises (RSE) et devra verser au moins 75% de ce fonds à la Fondation nationale pour l'inclusion sociale (NSIF) par l'intermédiaire de la MRA. Cette mesure revient sur le cadre plus souple mis en place l’année dernière et rétablit l’obligation antérieure de verser la majeure partie des fonds RSE au gouvernement.
Suppression des déductions
Les déductions suivantes seront supprimées à compter du 1er juillet 2026 : la déduction 150% relative aux dépenses engagées par les hôtels pour des travaux de nettoyage, de rénovation et d’embellissement ; et la double déduction des dépenses liées aux contrats d’enseignement supérieur conjoints conclus avec des universités africaines. Ces mesures s'inscrivent dans le cadre d'une initiative plus large du gouvernement visant à élargir l'assiette fiscale.
Réduction de la dotation annuelle pour les hôtels
Le taux d'amortissement annuel applicable aux dépenses d'investissement engagées dans le secteur hôtelier passera de 30% à 15%. Cette mesure ralentira le rythme d'amortissement fiscal des investissements hôteliers, ce qui entraînera une augmentation de la charge fiscale des exploitants hôteliers.
Certificat de placement
La date de commencement de l'exonération fiscale de huit ans accordée en vertu du Certificat d'Investissement délivré par l'Economic Development Board sera désormais la date de début d'exploitation de l'entreprise au lieu de sa date de constitution. Il s'agit d'un changement pratique qui aligne l'avantage fiscal sur le moment où l'entreprise commence réellement ses activités.
Impôt Minimum de Compensation Domestique Qualifié (“ IMCDQ ”)
Les fonds d’investissement et les véhicules d’investissement immobilier désignés comme entité mère ultime d’une entreprise multinationale seront exonérés de la QDMTT, à compter du 1er juillet 2025. Des ajustements de consolidation intragroupe seront autorisés dans le calcul des revenus GloBE. Le délai de modification d’une déclaration de QDMTT a été prolongé de deux à trois ans, et la pénalité en cas de non-paiement de la QDMTT a été réduite de 5% à 2,5%. Ces modifications reflètent une approche plus nuancée de la mise en œuvre du cadre du deuxième pilier de l’OCDE.
Taxe sur la Valeur Ajoutée (“ TVA ”)
L'annonce du maintien du taux normal de TVA à 15% a été accueillie favorablement. Toutefois, cette bonne nouvelle pourrait être contrebalancée par plusieurs changements structurels importants apportés au système de TVA, qui sont abordés ci-dessous.
Perte de la Neutralité de la TVA :
Peut-être le changement le plus important pour le secteur des services financiers est la décision de rendre les services de gestion fournis aux sociétés offshore et aux trusts et fondations ayant des constitu.
Services de paiement à taux zéro :
Inversement, les services de paiement fournis aux sociétés titulaires d'une licence d'entreprise globale par un titulaire d'une licence de prestataire de services de paiement délivrée par la Banque de Maurice seront exonérés de TVA. Cela garantit une concurrence équitable et assure que ces services restent compétitifs en termes de prix.
Services numériques et transfrontaliers :
Les règles de la TVA pour les fournisseurs étrangers de services numériques et électroniques ont été simplifiées. Un fournisseur étranger ne sera pas tenu de s'inscrire à la TVA si son chiffre d'affaires annuel de fournitures taxables est inférieur à 3 millions de MUR. Il ne sera pas non plus tenu de s'inscrire s'il effectue des fournitures taxables exclusivement à une personne enregistrée à la TVA, car le mécanisme d'autoliquidation s'appliquera. De plus, l'obligation de désigner un représentant fiscal pour la soumission des déclarations de TVA a été supprimée. Les places de marché en ligne et les plateformes numériques sont désormais explicitement incluses dans la définition de services numériques et électroniques.
Articles sélectionnés et exemptions :
Plusieurs biens et services spécifiques ont vu leur régime de TVA modifié. Les systèmes et composants photovoltaïques ne seront pas soumis à la TVA, ce qui constitue une forte incitation à adopter les énergies renouvelables. Les livres électroniques sont désormais exonérés de TVA, et les services postaux sont désormais soumis à un taux zéro. Le sel de cuisine, qu'il soit produit localement ou importé, est désormais soumis à un taux zéro.
Toute personne assujettie à la TVA qui fournit des services d'hébergement dans un hôtel ou une résidence touristique sera tenue de verser le montant de la TVA due (référence 50%) en devises étrangères, dans le cadre des efforts continus visant à favoriser les entrées de devises étrangères.
Les organisations non gouvernementales ou à but non lucratif recevant des fonds de la Fondation nationale pour l'inclusion sociale seront exemptées de la TVA sur les biens reçus sous forme de dons de l'étranger et qui sont liés à leurs activités normales.
L'exonération de TVA sur l'hébergement a été étendue aux événements sportifs internationaux (à l'exclusion des championnats ou ligues organisés par des fédérations sportives régionales ou internationales) et aux événements internationaux de remise de prix de télévision et de cinéma. Les droits d'entrée à un événement sportif de toute discipline relevant de la responsabilité d'une fédération sportive nationale seront exonérés de TVA, tout comme les biens liés aux activités sportives reçus en don de l'étranger par une fédération sportive nationale.
Inversement, les frais payables pour une décision anticipée en matière de TVA ont considérablement augmenté : de 3 000 MUR à 5 000 MUR pour un particulier, et de 15 000 MUR à 75 000 MUR pour les entreprises, sociétés et trusts.
Déclaration de TVA et Conformité
Le délai pour demander le remboursement des crédits de TVA en amont non réclamés a été ramené de 36 à 24 mois à compter de la date à laquelle ils auraient dû être réclamés initialement. Les règles relatives à la date de livraison ont été clarifiées : lorsqu’aucune facture ni facture avec TVA n’a été émise et qu’aucun paiement n’a été reçu, la date de livraison sera réputée intervenir trois mois après la livraison des biens ou la prestation des services.
Administration et application fiscales
Accords de conformité
Un nouveau cadre permettra à la MRA et aux contribuables de conclure un Accord de Conformité contraignant pour résoudre les problèmes fiscaux avant qu'une évaluation formelle ne soit émise. En échange de la pleine coopération du contribuable et de sa renonciation à son droit de s'opposer ou de faire appel, le Directeur Général pourra réduire ou annuler les pénalités. Il s'agit d'un outil pragmatique pour la résolution des litiges, mais il donne également à la MRA un pouvoir de négociation considérable et peut soulever des préoccupations quant à l'équité des procédures.
Pouvoir de rehausser les cotisations
La MRA sera habilitée à majorer une cotisation au-delà du délai légal en cas de fraude ou de négligence délibérée, augmentant ainsi le potentiel de contrôles fiscaux et de responsabilités rétroactives.
Responsabilité des administrateurs
La définition d'un “ dirigeant principal ” pour la responsabilité des administrateurs est désormais alignée sur la loi sur la TVA, ce qui signifie que la responsabilité des impôts impayés sera limitée aux administrateurs exécutifs qui exercent des fonctions de direction. Il s'agit d'une réforme bienvenue pour les administrateurs non exécutifs qui étaient auparavant exposés à une responsabilité personnelle pour les dettes fiscales.
Sanctions
Le budget prévoit une série d’amendes et de sanctions plus sévères en cas de non-respect de la réglementation en matière de TVA, notamment une augmentation des amendes pour défaut de présentation des pièces comptables (passant de 200 000 MUR à 500 000 MUR), de nouvelles sanctions en cas de non-émission d’une facture fiscale (5 000 MUR par jour, plafonnées à 1 million de MUR), ainsi que de nouvelles sanctions en cas de non-utilisation du système obligatoire de facturation électronique (une amende pouvant aller jusqu’à 500 000 MUR et une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans). Le fait de ne pas fournir les informations demandées par l’administration fiscale (MRA) constitue désormais une infraction passible d’une amende ne dépassant pas 100 000 MUR et d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans.
Rapport sur les crypto-actifs
L'Autorité des marchés financiers (AMF) mettra en œuvre le Cadre de déclaration sur les crypto-actifs de l'OCDE, permettant la collecte d'informations auprès des prestataires de services de crypto-actifs pour un échange automatique avec les administrations fiscales étrangères.
Frais de certificat de résidence fiscale
Les frais de délivrance des certificats de résidence fiscale augmenteront également de manière significative : pour les OPCVM, de 1 000 USD à 2 000 USD ; pour les particuliers, de 1 000 MUR à 2 000 MUR ; et pour les autres candidats, de 200 USD à 500 USD.
Tribunal des revenus
Le montant dû en cas de recours devant le Tribunal fiscal contre une décision du Registraire général ou une réclamation au titre de la loi sur les douanes, de la loi sur le tarif douanier et de la loi sur les accises s'élèvera à 5% du montant réclamé ou à 5 millions de MUR, le montant le plus bas étant retenu.
Impôts indirects et autres taxes
Droits d'accise
Les droits d'accise sur les produits du tabac et de l'alcool ont été augmentés de 10%, à l'exception de la bière, du vin et des liqueurs. Les droits d’accise sur la teneur en sucre des produits sucrés ont été augmentés, passant de 12 à 15 centimes par gramme de sucre, et cette taxe a été étendue à d’autres produits sucrés tels que les bonbons, les gelées de fruits, les confitures, les fruits confits, les biscuits, les gaufres, les hosties et les chewing-gums à compter du 1er octobre 2026. Les produits sucrés importés en petites quantités pour un usage personnel seront exonérés.
Droits de douane
Le droit de douane de 15% applicable aux dalles de quartz utilisées comme plans de travail sera supprimé. L’exonération accordée aux importateurs ou aux fabricants pour les marchandises importées en kit (semi-knocked down) en vue d’une transformation ultérieure générant une valeur ajoutée d’au moins 20% sera supprimée. Les fabricants de produits alcoolisés seront exonérés des droits de douane sur le vin importé utilisé comme matière première dans la production de produits soumis à accise. Des frais de traitement de 150 MUR seront facturés pour chaque formulaire simplifié de déclaration en douane (Simplified Customs Assessment Form) destiné au dédouanement des colis importés par la poste ou par des services de messagerie à compter du 1er septembre 2026.
Fiscalité immobilière et foncière
Restrictions du régime G+2
Le gouvernement n'accordera plus de baux aux étrangers pour la vente d'appartements situés sur des terrains domaniaux et des « pas géométriques » dans le cadre du dispositif G+2. Une taxe spéciale de 10% sera prélevée sur la vente de ces appartements par le vendeur. Cette taxe ne s'appliquera pas aux contrats de réservation notariés déjà signés.
Examen des programmes immobiliers du Conseil de développement économique (“ CDE ”)
Les droits et taxes applicables au transfert de biens immobiliers résidentiels dans le cadre des programmes immobiliers de l'EDB (PDS, IRS, RES, Smart City) seront revus.
Exonérations pour les premiers acheteurs
Le seuil d’exonération pour les primo-acquérants a été relevé : de 2,5 millions à 3 millions MUR pour les terrains nus, et de 5 millions à 6 millions MUR pour un appartement ou une maison. L’exonération s’étend désormais aux personnes qui possèdent des terres agricoles, corrigeant ainsi la position antérieure.
Transfert de propriété par la NHDC et la NSLD
Un acte de transfert constatant le transfert de biens immobiliers par la National Housing Development Company Ltd ou la New Social Living Development Ltd à un syndicat de copropriétaires sera exonéré du droit d'enregistrement, de la taxe de transfert foncier et de la taxe sur le transfert des droits de bail sur les terres domaniales.
Enregistrement du rapport de l'arpenteur-géomètre
Le droit fixe appliqué à l'enregistrement des rapports d'arpenteurs-géomètres sera désormais facturé sur chaque lot spécifié dans les rapports.
Programme de Visa Doré et Immigration
Programme de visa d'or
Le Golden Visa annoncé précédemment est accordé à un demandeur qui s'engage à investir un minimum de 1 million USD dans les 12 mois dans des secteurs à forte valeur ajoutée tels que la FinTech, la trésorerie mondiale, l'intelligence artificielle, la biotechnologie et les énergies renouvelables. Le Golden Visa s'applique pour une période allant jusqu'à deux ans, avec possibilité de renouvellement.
Après avoir effectué l'investissement minimum, le titulaire du Golden Visa sera éligible pour demander un permis de résidence permanente à Maurice. Les permis de travail pour les travailleurs domestiques accompagnant le titulaire du Golden Visa seront traités dans un délai de cinq jours ouvrables.
Les avantages fiscaux pour les détenteurs de Golden Visa reflètent ceux des détenteurs de Premium Visa : imposition du revenu d'emploi étranger uniquement lorsque ce revenu est rapatrié à Maurice ; aucune repatriation présumée lorsque les dépenses sont engagées localement par l'utilisation d'une carte de crédit ou de débit étrangère ; et aucune imposition sur les fonds déposés sur un compte bancaire lorsque une déclaration est fournie attestant que les impôts ont déjà été payés à l'étranger.
Permis d'occupation
La loi sur le Conseil de développement économique sera modifiée pour examiner et rationaliser les critères de délivrance des permis d'occupation :
- Catégorie d'investisseur: Le seuil d'investissement initial minimum applicable sera désormais de 100 000 USD. Le chiffre d'affaires annuel minimum sera révisé à 5 millions MUR à partir de la troisième année d'enregistrement, et à 8 millions MUR à partir de la cinquième année d'enregistrement. Pour les start-ups innovantes, des indicateurs de performance seront introduits.
- Catégorie professionnelleLes deux sous-catégories, ProPass et Expert Pass, seront fusionnées en une seule catégorie étant donné que les avantages sont les mêmes. Le salaire de base mensuel minimum sera fixé à 50 000 MUR dans tous les secteurs.
- Travailleur indépendantLe revenu minimum d'entreprise applicable sera revu à 2 millions MUR à partir de la troisième année d'immatriculation, et à 3 millions MUR à partir de la cinquième année.
- Nouvelle catégorie techniqueUne nouvelle Catégorie Technique sera introduite dans le cadre d'une coopération intergouvernementale, où un permis d'occupation sera accordé pour une période initiale de trois ans, renouvelable par la suite.
- Permis Familial Catégorie ProfessionnelleLa catégorie Permis d'occupation familiale sera abolie.
Mesures d'immigration
Un citoyen non-mauricien qui a épousé un citoyen mauricien à l'extérieur de Maurice peut présenter un document officiel attestant que, à la date du mariage, il n'était pas marié à une autre personne. Les frais de dossier de 50 USD pour les permis de séjour sont étendus aux conjoints de citoyens mauriciens et à leurs personnes à charge. Un système numérique permettra à tous les non-citoyens de demander une autorisation de voyage électronique avant de se rendre à Maurice. Les permis de séjour peuvent être délivrés sous format numérique, carte ou papier. Le pouvoir discrétionnaire absolu du Ministre de priver un non-citoyen de son statut de résident ou d'annuler un visa dans l'intérêt public sera supprimé.
Mesures en matière d'emploi et de travail
Réformes des retraites : Équilibrer équité et durabilité
Peut-être que la réforme structurelle la plus importante de ce budget est la refonte du système de retraite. La Pension de Retraite de Base (PRB) sera remplacée par la Pension de Vieillesse de l'État à compter du 1er janvier 2027.
Principales caractéristiques de la pension d'État (SAP) :
- Éligibilité flexible: Les particuliers peuvent choisir de percevoir leur pension entre 60 et 70 ans, sous réserve d'ajustements actuariels. Une perception anticipée entraîne une réduction (0,51 TP3T par mois), tandis qu'un report du versement augmente le montant de la pension (0,751 TP3T par mois après 65 ans). La pension de base à 65 ans est fixée à 16 555 MUR.
- Tests de ressources: Le SAP est désormais soumis à un critère de ressources. La pension complète est versée aux personnes dont le revenu mensuel est inférieur à 14 000 MUR. La pension est progressivement réduite pour les revenus supérieurs à ce seuil, un montant minimal de 1 000 MUR étant versé jusqu’à un plafond de revenu de 50 000 MUR. Pour un couple dont les deux conjoints sont éligibles à la SAP et en perçoivent le montant, une réduction pouvant aller jusqu’à 25% de leur SAP combinée s’appliquera, sous réserve d’un examen des ressources communes.
- Critères de résidencePour bénéficier du SAP, une personne doit avoir résidé à Maurice pendant au moins 15 ans au total depuis l'âge de 40 ans, dont trois de ces 15 années immédiatement avant la demande.
Nouvelles cotisations au Régime de retraite national :
La mise en place du NPPF entraîne une augmentation significative des cotisations patronales. Pour les salariés percevant jusqu’à 50 000 MUR par mois, l’employeur versera 7,51 TP3T et le salarié 1,51 TP3T. Pour les salariés gagnant entre 50 000 et 225 000 MUR, l'employeur versera 10,51 TP3T et le salarié 3,01 TP3T. Ces cotisations remplacent celles versées au titre du CSG et du PRGF.
Lancement d'un bon d'épargne-retraite offrant un rendement pouvant atteindre 6% par an afin d'encourager l'épargne-retraite
Pension des fonctionnairess
Les pensions des fonctionnaires seront plafonnées à deux tiers de leur plus haut salaire, déduction faite des pensions privées et des pensions d'État contributives. Les émoluments du Président et du Vice-Président en exercice, ainsi que les pensions des Présidents et Vice-Présidents retraités et des conjoints survivants, seront désormais entièrement imposables à partir du 1er juillet 2026.
Congé maternité et congé paternité
Le congé maternité sera prolongé à 12 mois, avec les six premiers mois rémunérés à plein salaire et les six mois suivants en option à mi-salaire. Le congé paternité passera de quatre à six semaines.
Congés menstruels
Pour favoriser un milieu de travail plus inclusif et solidaire, le gouvernement introduira un congé menstruel dans les secteurs public et privé. Les femmes souffrant de symptômes menstruels sévères, y compris de dysménorrhée et de conditions connexes comme les migraines, auront droit à un jour de congé payé par mois.
Allocation aux aidants
L'allocation mensuelle pour les aidants naturels passera de 3 500 MUR à 4 250 MUR.
Revenu de soutien
Le soutien de revenu mensuel payable aux personnes ayant atteint 60 ans mais non éligibles à la pension de retraite de base sera augmenté de 10 000 MUR à 10 370 MUR à compter du 1er janvier 2026. Le soutien de revenu pour les personnes non éligibles à la pension de retraite de base sera aboli à partir de décembre 2026.
Jours fériés
Lorsqu'un jour férié tombe un dimanche, le lundi qui suit immédiatement sera déclaré jour férié.
Services financiers et mesures réglementaires
Le budget contient de nombreuses mesures visant à renforcer le cadre réglementaire des services financiers.
Secteur bancaire
La loi sur la Banque de Maurice sera modifiée pour permettre au gouvernement d'injecter des fonds afin d'augmenter son capital libéré et de renforcer sa situation bilancielle. La loi sur les banques sera modifiée de sorte que l'obligation de confidentialité ne s'applique pas lorsque la divulgation est ordonnée en vertu de la loi sur la commission des crimes financiers ou de la loi sur les sanctions des Nations Unies. La commission des crimes financiers sera habilitée à obtenir des informations auprès des banques à des fins d'enquête, y compris la production comme preuve au tribunal sans exiger la présence d'agents bancaires comme témoins. Les ordonnances de divulgation d'informations sur les clients pourront être délivrées par un juge en chambre sur demande d'une autorité compétente.
Un nouveau projet de loi sur la Banque de Maurice et un nouveau projet de loi sur les banques seront présentés avant la fin de 2026, accompagnés d'un régime de résolution, renforçant la gouvernance, la réglementation et la supervision prudentielles, la protection des consommateurs et la stabilité financière. La Banque de Maurice déploiera une plateforme de partage de renseignements sur les menaces pour l'échange de renseignements de cybersécurité en temps réel entre les banques. Un cadre d'open banking sera introduit, permettant le partage sécurisé des données financières des clients entre les banques agréées, les fournisseurs de services d'actifs virtuels et les fournisseurs de fintech autorisés.
Commission des services financiers (FSC)
Le FSC sera habilité à mener des inspections sur site en tant qu'assistance aux institutions de surveillance étrangères. Le conseil d'administration du FSC pourra déléguer l'approbation des dépenses en capital jusqu'à 3 millions de MUR (contre 1 million de MUR). Le FSC sera également habilité à agir contre les publicités ou promotions trompeuses. Un nouveau cadre de conservation permettra au FSC de nommer un conservateur auprès des titulaires de licence confrontés à des difficultés financières ou opérationnelles, avec une immunité pour les administrateurs et les conservateurs agissant de bonne foi. Les états financiers du FSC seront audités par le directeur de l'audit, avec un calendrier de soumission légal. Toutes les demandes du FSC, y compris les nominations d'officiers, devront être soumises via la plateforme FSC One.
Le FSC introduira un cadre commun de licences et de passeports pour les fintech, une licence modulaire pour la gestion de patrimoine privé et un cadre pour le retrait de revenus de pension.
LBC/FT et criminalité financière
Une Agence Nationale de Lutte contre la Criminalité sera mise en place pour consolider les enquêtes sur la fraude grave, la corruption, le blanchiment d'argent et les crimes transactionnels complexes. La Force de Police de Maurice déploiera des outils d'enquête spécialisés pour les actifs virtuels, la criminalité financière et les enquêtes en comptabilité judiciaire. CERT-MU établira un mécanisme national de signalement et de réponse aux fraudes pour la cybercriminalité et les escroqueries. L'ADSU renforcera le renseignement financier et utilisera des analyses avancées pour suivre les flux financiers suspects, en collaboration avec la MRA et la FCC.
Actifs virtuels et Fintech :
La loi sur les actifs virtuels et les offres initiales de jetons sera modifiée pour préciser qu'un dirigeant supérieur d'un fournisseur de services d'actifs virtuels doit satisfaire aux exigences d'être résident à Maurice et d'occuper un poste de haute direction. Les personnes sans licence sollicitant des investisseurs à Maurice pour des transactions d'actifs virtuels seront interdites. Des règles claires seront introduites pour l'émission et l'investissement dans des stablecoins, et la tokenisation d'actifs du monde réel.
Conclusion : un pari calculé
Le Budget National de Maurice 2026/2027 représente un pari calculé. Il se veut un budget de consolidation, non d'austérité ; un budget qui vise à protéger les plus vulnérables tout en jetant les bases d'une économie prête pour l'avenir.
Toutefois, les propositions budgétaires entraîneront une augmentation significative du coût de l'activité économique à Maurice. Le taux d'imposition maximal permanent de 35%, la hausse des charges patronales, l'affaiblissement de la neutralité de la TVA et l'alourdissement de la charge pesant sur le secteur des entreprises internationales risquent d'envoyer un mauvais signal aux entrepreneurs, aux professionnels et aux investisseurs que Maurice doit attirer.
Le succès de ce budget dépendra moins de ses annonces que de la rapidité et de l'efficacité de sa mise en œuvre. C'est un parcours de la réforme aux résultats, et la destination reste à déterminer. Maurice possède bon nombre des ingrédients nécessaires pour réussir dans un environnement mondial de plus en plus complexe. En maintenant des normes réglementaires élevées, en adoptant l'innovation, en investissant dans le talent et en restant résolument axé sur la compétitivité, le pays peut consolider davantage sa position de Centre Financier International de premier plan et de passerelle de confiance pour les investissements mondiaux. La question qui reste ouverte est de savoir si le coût de ces réformes en termes de compétitivité a été trop élevé.
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