Le 15 mai 2025, le gouvernement kenyan a publié le projet de loi de finances 2025. Les amendements proposés sont importants, car ils visent à élargir l'assiette fiscale, à moderniser la conformité et à augmenter les recettes. Cependant, plusieurs changements peuvent susciter des inquiétudes parmi les entreprises et les investisseurs. Voici un résumé des principales dispositions et de leurs implications potentielles.
Impôt sur le revenu des sociétés
1. Élargissement de la définition des redevances
Le projet de loi propose d'élargir la définition du terme “redevance” pour y inclure non seulement les frais d'utilisation, de développement, de formation, de maintenance ou de support d'un logiciel, mais aussi les paiements effectués pour la distribution d'un logiciel lorsque des frais périodiques sont facturés par l'intermédiaire d'un distributeur.
Notre point de vue : Cette disposition va au-delà de la définition standard des conventions fiscales internationales et des modèles de l'OCDE et de l'ONU, ce qui accroît le risque de différends conventionnels et de double imposition, en particulier pour les entreprises de logiciels et de technologie. Cette mesure est également susceptible d'augmenter le coût des logiciels pour les utilisateurs kenyans, étant donné qu'une retenue à la source sera imposée.
2. Limitation du report des pertes
Le projet de loi propose un plafond de cinq ans pour le report des pertes fiscales, en remplacement de la période indéfinie actuelle.
Notre point de vue : Il s'agit d'un changement majeur susceptible d'affecter les secteurs à forte intensité de capital tels que l'énergie, les infrastructures et l'industrie manufacturière, où la rentabilité est retardée par d'importants investissements initiaux. Il risque de décourager les investissements à long terme et d'ébranler la certitude des investisseurs existants qui ont modélisé les rendements dans le cadre du régime précédent.
Prix de transfert
Introduction d'accords préalables en matière de prix
L'introduction des accords préalables en matière de prix de transfert (APP) est un changement bienvenu. Ces accords permettent aux contribuables de convenir à l'avance avec l'ARK des méthodes de fixation des prix de transfert pour une période pouvant aller jusqu'à cinq ans.
Notre avis : Cette mesure apporte une certitude bienvenue aux multinationales et peut contribuer à réduire les litiges et les risques d'audit sur les transactions transfrontalières.
Taxe sur l'emploi
1. Augmentation de l'indemnité journalière exonérée d'impôt
Le seuil d'exonération d'impôt pour les indemnités journalières versées aux employés voyageant dans le cadre de leurs fonctions est porté de 2 000 KES à 10 000 KES par jour.
Notre avis : Il s'agit d'une mise à jour pratique et attendue depuis longtemps qui facilitera la mise en conformité et réduira les charges administratives pour les employeurs et les employés.
2. Suppression de la déduction fiscale pour les expatriés
Le projet de loi propose de supprimer la disposition autorisant une déduction fiscale d'un tiers pour les expatriés travaillant dans des bureaux régionaux agréés.
Notre avis : Cette mesure pourrait affaiblir la position du Kenya en tant que siège régional d'entreprises multinationales et augmenter les coûts de l'emploi.
3. Modification de la déduction des intérêts hypothécaires
La déduction des intérêts payés sur les prêts immobiliers résidentiels est étendue aux prêts utilisés pour la construction, en plus de l'achat ou de l'amélioration.
Notre avis : Une clarification judicieuse, bien que le plafond monétaire et la restriction de résidence unique restent en place, ce qui limite l'avantage global.
Loi sur les procédures fiscales
1. Clarification des exemptions relatives à la facturation électronique
Certains paiements, notamment les salaires, les importations et les transactions finales de retenue à la source, sont confirmés comme étant exemptés de facturation électronique.
2. Allégement des pénalités liées à la retenue à la source
Les agents chargés de la retenue à la source ne sont pas responsables de l'impôt qui n'a pas été retenu lorsque le bénéficiaire a payé et comptabilisé l'impôt dans son intégralité.
Notre avis : Cette mesure permet d'éviter la double imposition et d'assurer l'équité de la procédure d'exécution.
3. Les avis de l'Agence peuvent être émis pendant les recours
L'ARK pourra désormais émettre des avis d'agence (par exemple des ordres de saisie) lorsqu'un contribuable a perdu une affaire devant le tribunal d'appel fiscal ou devant un tribunal, même si le contribuable a fait appel de la décision.
Notre point de vue : Les contribuables doivent désormais agir rapidement pour obtenir des ordonnances de suspension afin d'éviter l'application de la loi, ce qui accroît l'urgence des litiges et le risque de non-conformité.
4. Le calcul de la chronologie a été renforcé
La proposition supprime la règle actuelle qui exclut les week-ends et les jours fériés dans le calcul des délais d'opposition et de recours.
Notre avis : Cette mesure raccourcit considérablement les délais pratiques et augmente le risque de dépassement des délais, en particulier pour les litiges complexes. Elle revient également sur une disposition introduite il y a seulement cinq mois, réduisant ainsi la prévisibilité du droit fiscal.
5. Élargissement de l'accès des ARK aux données commerciales
Le projet de loi supprime les protections qui exemptaient auparavant les secrets commerciaux et les données personnelles des clients de l'obligation de les communiquer à l'ARK.
Notre avis : Cette affaire soulève d'importantes questions en matière de confidentialité des données. Les entreprises concernées devraient revoir leur politique de protection des données et leur politique informatique interne.
6. L'absence de déclaration est désormais sanctionnée
Les pénalités actuellement applicables en cas de dépôt tardif de la déclaration de revenus s'appliqueront désormais également en cas d'absence de dépôt de la déclaration.
7. Abandon des sanctions pour cause d'erreur de système
Le secrétaire du cabinet peut renoncer aux pénalités ou aux intérêts résultant d'erreurs, de retards ou de duplications causés par les systèmes fiscaux électroniques, tels que iTax.
Notre avis : Cette mesure s'aligne sur les récentes orientations judiciaires et assure l'équité lorsque les contribuables ont respecté les règles de bonne foi, mais ont souffert des failles du système.
Droits d'accise
1. Élargissement de la définition du prêteur numérique
La définition de “prêteur numérique” est élargie pour couvrir les fournisseurs de crédit non bancaires opérant par le biais de plateformes électroniques. Les banques, les Saccos et les institutions de microfinance agréées sont exclues.
Notre avis : Cette mesure fait entrer davantage de fintech et de prêteurs informels dans le filet des accises, ce qui pourrait modifier le paysage concurrentiel et augmenter les coûts pour les emprunteurs numériques.
2. Introduction d'un délai pour la décision d'autorisation
L'ARK devra prendre des décisions sur les demandes de licences d'accises dans un délai de 14 jours. Toutefois, il n'existe pas de solution claire en cas de non-respect de ce délai.
Droit de timbre
Exemption pour les réorganisations internes
Le droit de timbre ne s'applique pas au transfert de biens d'une société à ses actionnaires dans le cadre d'une réorganisation interne, à condition que le transfert soit proportionnel et, dans le cas d'actions, qu'il s'agisse d'une filiale.
Notre avis : Il s'agit d'une étape positive pour les restructurations de groupes, qui supprime les coûts et les frictions inutiles dans les processus de réorganisation des entreprises.
Conclusion
Le projet de loi de finances 2025 du Kenya reflète l'importance croissante accordée à la mobilisation des recettes et à l'application de la législation. Si certaines propositions sont clairement constructives, d'autres, comme la restriction de l'utilisation des pertes et l'élargissement des pouvoirs d'exécution, peuvent avoir un effet dissuasif sur l'investissement à long terme et la stabilité perçue du régime fiscal.
Les entreprises qui exercent des activités au Kenya ou qui transitent par ce pays devraient évaluer en détail l'impact de ces propositions et envisager de s'engager dans le processus législatif avant que le projet de loi ne soit finalisé.
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