Maurice a franchi une étape pratique dans la mise en œuvre du cadre du Pilier Deux de l'OCDE en prolongeant la date limite de dépôt et de paiement des obligations relatives à l'impôt minimum de redressement national (“ DMTT ”) au 30 juin 2026.
Bien que cette prolongation puisse paraître administrative à première vue, elle signale quelque chose de plus important : Maurice passe activement de l'adoption de politiques à la mise en œuvre opérationnelle du régime fiscal minimum mondial. Pour les groupes d'entreprises multinationales (“ EM ”) ayant des activités à Maurice, le message est clair, la conformité au Pilier Deux est désormais un enjeu concret, et non une considération future.
L'Autorité fiscale mauricienne (“ MRA ”) a annoncé la prolongation par le biais d'un communiqué publié le 26 avril 2026. La prolongation s'applique lorsque la date limite légale de déclaration et de paiement serait autrement tombée entre le 1er avril 2026 et le 29 juin 2026. Dans ces cas, les contribuables ont maintenant jusqu'au 30 juin 2026 pour soumettre les déclarations DMTT et régler toute responsabilité fiscale connexe.
Bien que limitée dans sa durée, cette prorogation reflète la complexité croissante associée à la conformité de la Pile 2 et aux défis pratiques rencontrés à l'échelle mondiale tant par les contribuables que par les administrations fiscales.
Maurice et le Cadre Mondial de la Fiscalité Minimale
Maurice a officiellement introduit une taxe minimum de complémentation domestique qualifiée dans le cadre de sa mise en œuvre des règles du Pilier 2 du Cadre inclusif de l'OCDE/G20.
Le DMTT a pour objectif de garantir que les grands groupes multinationaux s’acquittent d’un taux d’imposition effectif minimum de 15% sur les bénéfices réalisés à Maurice, avant qu’une autre juridiction ne puisse leur imposer un supplément d’impôt en vertu de la règle d’inclusion des revenus (“ IIR ”) ou de la règle relative aux bénéfices sous-imposés (“ UTPR ”).
En termes pratiques, le DMTT permet à Maurice de conserver ses droits de taxation sur les bénéfices à faible imposition générés sur son territoire, plutôt que de céder ces droits aux autorités fiscales étrangères.
Cela fait partie d'une évolution mondiale plus large en matière de fiscalité internationale. Plus de 140 juridictions participant au Cadre Inclusif de l'OCDE se sont engagées à mettre en œuvre les mesures du Pilier Deux visant à lutter contre l'érosion de la base d'imposition et le transfert de bénéfices par les grands groupes multinationaux.
Comme de nombreux centres financiers internationaux, Maurice a dû concilier deux objectifs concurrents :
- restant une juridiction d'investissement attrayante ; et
- en accord avec les normes fiscales internationales en rapide évolution.
L'introduction du DMTT reflète la tentative de Maurice de maintenir cet équilibre tout en protégeant sa base fiscale intérieure et en préservant la crédibilité des traités.
Qui est affecté ?
Le DMTT s'applique aux entités résidentes de Maurice qui font partie d'un groupe multinational visé. De manière générale, cela comprend les groupes multinationaux dont le chiffre d'affaires annuel consolidé est d'au moins 750 millions d'euros au cours d'au moins deux des quatre exercices fiscaux précédents.
Les règles s'appliquent à compter des années d'imposition débutant le 1er juillet 2025 ou après, et sont pertinentes pour les exercices se terminant le 1er janvier 2025 ou après.
En vertu de la Loi de l'impôt sur le revenu, une entité désignée au sein du groupe est responsable de :
- calcul de la responsabilité DMTT;
- le dépôt de la déclaration DMTT ; et
- le règlement de toute taxe supplémentaire à payer.
Le délai légal est généralement de 15 mois après la fin de l'exercice concerné.
Pourquoi l'extension compte
Bien que l'extension soit relativement courte, elle est importante pour plusieurs raisons.
- La conformité au Pilier Deux est exigeante sur le plan opérationnel
Le cadre du Pilier 2 de l’OCDE introduit l’un des exercices de conformité fiscale internationale les plus complexes de ces dernières années.
Les groupes doivent collecter et concilier de grands volumes de données financières, fiscales et juridictionnelles, souvent sur plusieurs territoires et systèmes de reporting.
Les défis majeurs incluent couramment :
- identification des entités pertinentes;
- calcul des taux d'imposition effectifs par juridiction;
- application des ajustements d'impôts différés ;
- évaluation de l'éligibilité à la citadelle de la sécurité ;
- uniformisation des normes comptables entre les juridictions ; et
- coordonner les obligations de reporting à l'échelle du groupe.
Pour de nombreux groupes, cela nécessite des processus entièrement nouveaux en matière de gouvernance interne et de gestion des données.
L'extension semble donc reconnaître que les contribuables et les conseillers sont toujours en train de surmonter des problèmes de mise en œuvre pratique.
- Les administrations fiscales du monde entier continuent d'affiner leurs processus
Maurice n'est pas seule à faire face à des défis de mise en œuvre. Partout dans le monde, les autorités fiscales continuent de publier des directives administratives, de mettre à jour les systèmes de déclaration et de clarifier les questions d'interprétation relatives à la conformité au Pilier Deux.
De nombreuses juridictions introduisant des DMTT ou des mesures connexes du Pilier Deux ont connu des retards dans la préparation des systèmes, les directives de déclaration et l'intégration des contribuables.
Dans ce contexte, l'extension du MRA peut être considérée comme une mesure transitoire pragmatique plutôt qu'un assouplissement de l'intention d'application.
- L'accent se déplace de la législation à l'application
Au cours des deux dernières années, une grande partie des discussions fiscales internationales autour du Pilier 2 ont porté sur l'adoption législative.
Cette phase fait maintenant rapidement place à la conformité opérationnelle et à l'application.
Les autorités fiscales s'inquiètent de plus en plus de savoir si les groupes :
- mettre en place des systèmes de données appropriés ;
- peuvent justifier les calculs du taux d'imposition effectif ;
- ont correctement identifié l'exposition ; et
- sont capables de produire une documentation justificative contemporaine.
Dans cet environnement, le dépôt de prorogations ne doit pas être interprété comme une réduction de la surveillance. Au contraire, ils soulignent l'attente que les contribuables utilisent le temps supplémentaire pour garantir l'exactitude et l'exhaustivité.
Considérations pratiques pour les groupes multinationaux
Pour les groupes concernés par les opérations à Maurice, plusieurs considérations pratiques se posent.
Évaluer la préparation tôt
Les groupes ne devraient pas attendre que la date limite révisée approche avant d'évaluer leur exposition au DMTT.
Les examens précoces devraient comprendre :
- confirmation que le groupe est bien dans le champ d'application ;
- identification de l'entité désignée pour le dépôt;
- Révision des calculs du taux d'imposition effectif de Maurice ;
- évaluation des sauf-conduits disponibles ; et
- rapprochement des données comptables et fiscales.
Examiner la gouvernance et la documentation
La conformité à la mesure Pilier Deux est fortement axée sur la documentation.
Les groupes doivent s'assurer que les calculs, les hypothèses et les ajustements sont correctement étayés et peuvent résister à un examen ou à un audit futur.
Ceci est particulièrement important compte tenu de la complexité technique des règles et de la probabilité d'un contrôle accru des autorités fiscales à l'échelle mondiale.
Considérer l'interaction avec des rapports de groupe plus larges
Les obligations relatives à la DMTT de Maurice devraient également être évaluées parallèlement aux exigences plus larges de déclaration du Pilier Deux, notamment :
- Déclarations d'informations GloBE (“ GIR ”) ;
- Déclaration pays par pays (“ CbCR ”) ; et
- documentation des prix de transfert.
La cohérence entre ces cadres de reporting deviendra de plus en plus importante.
Notre point de vue
La prolongation jusqu'au 30 juin 2026 offre aux contribuables concernés un délai supplémentaire, mais elle ne doit pas être confondue avec un retard dans l'engagement de Maurice envers la mise en œuvre du Pilier Deux.
Au contraire, cette démarche renforce l'idée que Maurice s'intègre activement dans le cadre de la fiscalité minimale mondiale et se prépare à une mise en œuvre à long terme des règles.
Pour les groupes multinationaux, la question essentielle n'est plus de savoir si le Pilier Deux s'appliquera, mais si les systèmes internes, les structures de gouvernance et les processus de conformité sont suffisamment préparés à un environnement fiscal considérablement plus gourmand en données et plus transparent.
Alors que la mise en œuvre s'accélère à l'échelle mondiale, une préparation proactive sera essentielle. Les groupes les mieux placés pour le nouveau régime seront probablement ceux qui traiteront le Pilier Deux non pas comme un simple exercice de calcul fiscal, mais comme un défi de gouvernance et d'exploitation plus large nécessitant une coordination entre les fonctions finance, fiscalité, juridique et technologie.